Savoirs associés · S2.3
Conducteurs, couleurs et sections
Les couleurs
Une couleur n'est pas une décoration : elle dit le rôle du conducteur. Celui qui ouvrira la boîte dans dix ans n'aura que ça pour s'y retrouver.
| Couleur | Rôle | Ce que ça veut dire |
|---|---|---|
| Vert / jaune | Protection (PE, terre) | Relie les masses métalliques à la terre. Réservé à ça, jamais autre chose. |
| Bleu | Neutre | Ramène le courant vers la source. Réservé au neutre. |
| Rouge, marron, noir… | Phase | Amène le courant depuis le disjoncteur. Ni vert/jaune, ni bleu. |
| Orange (sur nos planches) | Phase lampe | La phase après l'interrupteur : elle va de S1 à la lampe. |
| Violet (sur nos planches) | Navettes | Relient les deux interrupteurs d'un va-et-vient. |
Pourquoi « phase lampe » et pas « retour » ? Parce que ce fil transporte bien de la phase : quand l'interrupteur est fermé, il est au même potentiel que la phase d'arrivée. Ce n'est pas un retour — le retour, c'est le neutre.
On coupe la phase, jamais le neutre
Un interrupteur d'éclairage est unipolaire : il ne coupe qu'un seul fil. Ce fil doit être la phase.
Imagine l'inverse, un interrupteur placé sur le neutre. La lampe s'éteint bien — le circuit est ouvert, plus de courant. Mais la douille reste reliée à la phase. Quelqu'un qui change l'ampoule, interrupteur éteint, touche un culot sous 230 V.
La règle : on coupe toujours le conducteur qui est dangereux au toucher. C'est la phase.
C'est pour cette raison que la phase lampe existe : la phase entre dans l'interrupteur, en ressort quand on le ferme, et repart vers la lampe sur un fil d'une autre couleur — pour qu'on ne confonde pas l'avant et l'après de l'interrupteur.
Monobrin rigide ou souple ?
| Monobrin rigide (H07V-U) | Souple, multibrins (H07V-K) | |
|---|---|---|
| Le conducteur | un seul fil de cuivre | des dizaines de brins fins |
| Il se pousse dans un tube | oui, il avance tout seul | non, il plie et se bloque |
| Il garde la forme qu'on lui donne | oui | non |
| Il supporte d'être plié sans arrêt | non, il casse à la longue | oui |
| Où on l'emploie | installation fixe, en tube ou en goulotte | ce qui bouge : cordons d'appareils, armoires |
Sur une installation fixe en tubes, le monobrin rigide s'impose pour trois raisons : il se pousse dans le tube sans plier, il tient droit dans la boîte, et il entre proprement dans une borne automatique sans qu'un brin s'échappe sur le côté — un brin qui dépasse, c'est un court-circuit qui attend.
La section, le courant et la chaleur
Tout conducteur qui porte du courant chauffe. C'est l'effet Joule, et il n'est jamais nul.
La chaleur produite chaque seconde dans un mètre de fil vaut :
P = R × I² — avec R = ρ / S : plus la section S est petite, plus la résistance R est grande.
Deux conséquences, et ce sont les seules à retenir :
- Le courant compte double. Il est au carré : doubler le courant, c'est quadrupler l'échauffement.
- La section compte aussi. À courant égal, un fil deux fois plus fin chauffe deux fois plus.
Un fil qui chauffe trop abîme son isolant, qui durcit, se fissure, et finit par ne plus isoler. C'est ainsi qu'un incendie commence — pas par une étincelle, par un fil tiède pendant des années.
Dans l'animation ci-dessous, tu vois le mécanisme lui-même : les électrons dérivent dans le réseau d'ions et chaque choc libère un grain de chaleur. Change la section, le courant, la pose — et regarde la gaine isolante noircir, puis cloquer.
Le courant admissible
Chaque section supporte un courant maximal, au-delà duquel sa température dépasse ce que l'isolant accepte. C'est le courant admissible.
| Section | Courant admissible (sous conduit) | Disjoncteur usuel |
|---|---|---|
| 0,75 mm² | 10 A | — (cordons d'appareils) |
| 1,5 mm² | 16 A | 10 A (éclairage) |
| 2,5 mm² | 21 A | 16 A ou 20 A (prises) |
| 4 mm² | 27 A | 25 A |
| 6 mm² | 34 A | 32 A |
Ce que protège vraiment le disjoncteur
C'est le point que tout le monde se trompe.
Un disjoncteur ne protège pas l'appareil branché. Il protège le fil.
Il coupe avant que le conducteur n'atteigne une température qui détruirait son isolant. D'où la règle qui commande tout :
Le calibre du disjoncteur ne doit jamais dépasser le courant admissible du conducteur.
C'est pour ça qu'on associe 1,5 mm² avec 10 A pour l'éclairage et 2,5 mm² avec 16 A pour les prises. Si on mettait un 25 A sur du 1,5 mm², le fil pourrait porter 24 A pendant des heures : il chaufferait bien au-delà de ce que son isolant supporte, et le disjoncteur ne broncherait jamais — puisque 24 A est en dessous de son calibre. Le fil brûle, la protection regarde.
La pose compte autant que la section
Un fil évacue sa chaleur vers l'air autour de lui. S'il ne peut pas :
- à l'air libre : il évacue bien ;
- sous gaine ou en tube : il évacue beaucoup moins ;
- enroulé sur un touret : chaque spire chauffe ses voisines, la chaleur reste piégée.
C'est pourquoi un enrouleur de chantier porte deux calibres : un pour le câble déroulé, un bien plus faible pour le câble resté enroulé.