Bloc-notes · ce qui ne va pas

    Savoirs associés · S4.9.1

    Assembler par soudage : formes d’assemblage, pointage et déformations

    Pourquoi souder

    Un assemblage soudé est permanent : les deux pièces ne font plus qu’une, sans vis, sans joint, sans jeu. C’est ce qui le rend rigide et étanche, et c’est aussi ce qui le rend définitif : pour le défaire, on coupe.

    Une histoire courte. Le premier arc électrique utilisé pour assembler des métaux est montré à Paris en 1881, à l’Exposition d’électricité, par un ingénieur russe, Nikolaï de Benardos, avec une électrode en charbon. L’électrode enrobée que tu utilises naît au début du XXᵉ siècle en Suède, avec Oscar Kjellberg : l’enrobage protège le métal fondu de l’air, ce que le charbon ne faisait pas.

    Les formes d’assemblage

    Assemblage Les deux pièces sont… Exemple
    Bout à bout dans le prolongement l’une de l’autre Deux plats mis bout à bout
    En T l’une perpendiculaire à l’autre Un pied de table sur sa traverse
    À recouvrement l’une posée sur l’autre Un renfort plaqué sur un plat
    En angle formant un coin Un cadre, un châssis
    Une pièce dans une encoche l’une est emboîtée dans une entaille de l’autre Le manche de la clé à ergots dans sa tête

    Les assemblages en T, à recouvrement et en angle se soudent avec un cordon d’angle : un cordon de forme triangulaire, déposé dans le coin entre les deux pièces. C’est le plus courant et le plus facile à réussir.

    Le cordon d’angle

    Sa taille se mesure par la gorge : la hauteur du plus grand triangle qu’on peut dessiner dans la section du cordon. On la prend à peu près égale à 0,7 fois l’épaisseur de la plus mince des deux pièces. Pour un plat de 5 mm, une gorge de 3,5 mm suffit.

    Plus gros n’est pas plus solide. Un cordon plus fort que nécessaire apporte plus de chaleur, donc plus de déformation, et ne tient pas mieux. C’est le défaut de « bien faire » des débutants.

    Pointer avant de souder

    Le pointage consiste à déposer de petits points de soudure (un centimètre environ), à deux ou trois endroits, pour tenir les pièces en place avant le vrai cordon.

    1. On présente les pièces, bien à plat et à l’équerre.
    2. On pointe : un point de chaque côté, aux extrémités.
    3. On contrôle à nouveau : équerrage, alignement, cotes. Si ça n’est pas bon, on casse le point au marteau et on recommence : un point se reprend facilement, un cordon fini non.
    4. On soude le cordon, en laissant refroidir si la pièce chauffe trop.

    Un point d’un côté, un cordon de l’autre, puis le premier côté

    Pour deux plats mis bout à bout et soudés des deux faces, la méthode qui évite le plus la déformation est la suivante :

    1. Un point de soudure côté A. Il tient les deux plats, avec très peu de chaleur.
    2. Le cordon côté B. Il se raccourcit en refroidissant et tire côté B, mais le point le retient.
    3. Le cordon côté A, qui reprend le point. Il tire côté A, en sens inverse du précédent : les deux retraits se compensent.

    Si on soude un seul côté, tout le retrait tire du même côté et les plats pivotent autour du joint : un manche de 150 mm peut se relever de plusieurs millimètres à son extrémité.

    Pourquoi une pièce soudée se déforme

    Le métal se dilate quand il chauffe, et se contracte en refroidissant. Un cordon de soudure est chauffé très fort sur une toute petite longueur : en refroidissant il se raccourcit, et il tire sur la pièce autour de lui. Si les cordons sont du même côté, la pièce se courbe vers eux : c’est le retrait.

    Un plat de 5 mm de large soudé d’un seul côté peut se courber de plusieurs degrés : suffisant pour qu’une pièce à l’équerre ne le soit plus.

    Comment limiter la déformation

    Moyen Pourquoi ça marche
    Alterner les cordons, un de chaque côté Les deux retraits se compensent
    Pointer d’abord, souder ensuite Les pièces sont tenues avant que le retrait ne commence
    Brider la pièce (étau, serre-joint) Elle ne peut pas se courber
    Souder court, puis laisser refroidir Moins de chaleur à la fois
    Faire le cordon le plus petit possible Moins de métal, moins de retrait
    Souder en dernier ce qui est le plus précis Une cote critique se contrôle après le gros de la chaleur

    Les Liberty ships. Pendant la guerre, les États-Unis construisent plus de 2 700 cargos entièrement soudés, au lieu d’être rivés, à une cadence jamais vue. Certains se cassent en deux par temps froid, parfois à quai : des fissures partent d’un cordon mal fait ou d’un angle vif, et traversent la coque. On en tire deux leçons, toujours valables : un bon cordon est régulier, et les angles vifs sont des amorces de fissure.

    Lire un cordon

    Un cordon réussi se reconnaît à la vue, une fois le laitier retiré :

    Ce qu’on voit Ce que ça veut dire
    Stries régulières, largeur constante Bonne vitesse d’avance, bon réglage
    Cordon étroit et bombé, qui « se pose » sur la pièce Intensité trop faible : il n’a pas pénétré
    Sillon le long du bord (caniveau) Intensité trop forte, ou arc trop long : l’arc a creusé
    Trous, petites bulles Électrode humide ou pièce sale (huile, rouille, peinture)
    Projections collées autour Intensité trop forte : à gratter, elles ne gênent pas la tenue
    Cordon absent d’un côté de l’angle L’arc n’a pas touché les deux pièces : collage

    À retenir pour la sécurité

    Voir la fiche de sécurité du TP Souder à l’électrode enrobée. En résumé : masque baissé avant d’amorcer (et pendant le piquage du laitier), gants et tablier en cuir, coton uniquement, pièce chaude à la pince (une pièce à 300 °C a l’air froide).